Article published In: Les droits fondamentaux linguistiques existent-ils? / Do Linguistic Human Rights Exist?
Edited by Laure Clément-Wilz
[Language Problems and Language Planning 48:2] 2024
► pp. 123–145
Les « droits fondamentaux linguistiques » existent-ils ?
Une réflexion interdisciplinaire
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Article language: French
Published online: 16 January 2025
https://doi.org/10.1075/lplp.00121.cle
https://doi.org/10.1075/lplp.00121.cle
Résumé
Au-delà du droit, le registre des droits fondamentaux linguistiques est à la croisée de nombreuses disciplines. Ce
numéro thématique vise à montrer comment chaque discipline fait exister ces droits en adaptant leur définition. Dans
l’article de Maria Margherita Mattioda, ils sont traités comme une référence dans les outils de traduction automatique
neuronale ; pour Vicent Climent-Ferrando, ils justifient un appel à une plus grande reconnaissance des langues régionales et
minoritaires, l’Union européenne se présentant à chaque fois comme débitrice de ces droits. Juridiquement, les droits
fondamentaux linguistiques existent dans la mesure où ils sont juridiquement garantis et effectifs. La jurisprudence de la Cour
européenne des droits de l’homme (Cour EDH) montre que tel est parfois le cas, témoignant de son rôle créateur en la
matière. Cette introduction met en évidence les limites du mouvement des Linguistic Human Rights (LHR), ainsi que
celles du registre des droits fondamentaux ayant une dimension linguistique mobilisé en droit. Par exemple, l’invocation
de cette dimension ne résout pas le problème des arbitrages politiques que la communauté doit opérer, ce qui renvoie à la question
des coûts et des bénéfices d’une politique linguistique, et dans sa contribution, Bengt-Arne Wickström montre comment
l’économie peut fournir des outils de mesure utiles à leur évaluation. Dans les pages qui suivent, nous montrons que la
logique des droits fondamentaux linguistiques repose, plus ou moins explicitement, sur des considérations morales et des réalités
de terrain. En conséquence, la définition de ces droits varie en fonction de l’interprétation du juge, en particulier de
la Cour européenne des droits de l’homme.
Abstract
Beyond law, the register of fundamental linguistic rights straddles many disciplines. This theme issue seeks
to show how each discipline brings these rights into existence by adapting their definition. In Maria Margherita
Mattioda’s paper, they are treated as a reference in neural automatic translation tools; for Vicent Climent-Ferrando, they
justify a call for the greater recognition of regional and minority languages, with the European Union each time presenting itself
as a debtor of these rights. Legally speaking, fundamental linguistic rights exist insofar as they are jurisdictionally guaranteed
and effective. The case law of the European Court of Human Rights (ECtHR) shows that this is sometimes the case, testifying to its
creative role in this area. This introduction highlights the limitations of the Linguistic Human Rights (LHR) movement, as well as
those of the register of fundamental rights with a linguistic dimension mobilized in law. For example, invoking this dimension
does not solve the problem of the political trade-offs that a community faces, which harks back to the question of the costs and
benefits of language policies, and in his contribution, Bengt-Arne Wickström shows how economics can provide useful measurement
tools for their evaluation. In the following pages, we show that the logic of fundamental linguistic rights is based, more or less
explicitly, on moral considerations and field realities. As a result, the definition of these rights varies according to the
interpretation of the judges, in particular the ECtHR.
Resumo
Aldone al juro, la listo de fundamentaj lingvaj rajtoj transpaŝas multajn disciplinojn. La nuna tema numero
celas montri kiel ĉiu individua disciplino estigas tiujn rajtojn per adapto de ilia difino. En la referaĵo de Maria Margherita
Mattioda, ili traktiĝas kiel referencopunkto koncerne neŭrajn ilojn por aŭtomata tradukado; ĉe Vicent Climent-Ferrando, ili
pravigas alvokon al pli granda rekono de regionaj kaj minoritataj lingvoj, kie ĉiufoje la Eŭropa Unio prezentas sin kiel ŝuldanto
al tiuj rajtoj. Se temas pri juro, fundamentaj lingvaj rajtoj ekzistas ĝis la grado laŭ kiu ili estas jurisdikcie garantiataj kaj
efikaj. La kaze bazita juro de la Eŭropa Kortumo de Homaj Rajtoj (EKHR) montras, ke tio ja foje validas, tiel atestante ĝian
kreivan rolon en tiu rilato. Tiu ĉi enkonduko lumigas la limojn de la movado por Lingvaj Homaj Rajtoj (LHR), kaj same la limojn de
la listo de fundamentaj rajtoj kun lingva dimensio mobilizita en jura praktiko. Ekzemple, se oni elvokas tiun dimension, oni ne
solvas la problemon de politikaj kompensoj frontatan de difinita komunumo, kio retroiras al la demando de kostoj kaj gajnoj de
lingvopolitikoj: kiel montras Bengt-Arne Wickström en sia kontribuo, ekonomiko povas liveri utilajn mezurilojn por ilia pritakso.
En la sekvaj paĝoj, ni montras, ke la logiko de fundamentaj lingvaj rajtoj baziĝas, pli aŭ malpli eksplicite, je moralaj
konsideroj kaj surlokaj realaĵoj. Sekve, la difinado de tiuj rajtoj varias laŭ la interpreto de la juĝistoj, precipe la EKHR.
Article outline
- 1.Introduction
- 2.Les sources d’énonciation : Où trouve-t-on les droits fondamentaux linguistiques ?
- 2.1Les droits linguistiques comme droits humains ou droits fondamentaux
- 2.2Les droits linguistiques comme revendication
- 3.L’effectivité : Les droits linguistiques fondamentaux sont-ils (bien) protégés ?
- 3.1La garantie juridictionnelle des droits linguistiques au niveau européen
- 3.2Le (non) aboutissement des revendications linguistiques
- 4.Réflexions sur l’approche par les droits humains linguistiques
- 4.1Réflexions sur les LHRs
- 4.2Réflexions sur la logique des droits subjectifs et des droits fondamentaux linguistiques
- 5.Conclusion
- Remarques
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