Article published In: Historiographia Linguistica
Vol. 8:2/3 (1981) ► pp.267–284
Les Grammairiens Arabes, La Phrase Nominale Et Le Bon Sens
Article language: French
Published online: 1 January 1981
https://doi.org/10.1075/hl.8.2-3.04ayo
https://doi.org/10.1075/hl.8.2-3.04ayo
Résumé
Le but de cet article est d’introduire à une réflexion sur la valeur explicative des théories des grammairiens arabes, en abordant un exemple précis, celui de jumla ‘ismiyya / jumla ficliyya (communément traduits par ‘phrase nominale’ / ‘phrase verbale’). Il comporte trois parties: La première part des propos tenus dans la littérature orientaliste sur la distinction établie par les grammairiens arabes à ce sujet. Ainsi sont étudiés des textes de Wright (1862), Blachère & Gaudefroy-Demombynes (1937) et Cohen (1970). L’inadéquation de ces propos est démontrée par simple retour au texte des grammairiens. La pensée des grammairiens est précisée à travers l’étude de textes d’Ibn Hishām, Ibn Jinnī et Ibn cAqīl. L’étude de ces textes amène a reconstruire la dimension de ces concepts à l’intérieur de la théorie des grammairiens et à préciser le statut des représentations abstraites dans le cadre de cette théorie. La seconde partie tente de délimiter le terrain épistémologique qui a rendu possible les glissements conceptuels des orientalistes cités dans l’interprétation de la théorie des grammairiens arabes. Certains aspects de la démarche des orientalistes sont mis en évidence: l’utilisation du bon sens comme critère d’évaluation d’une théorie linguistique, l’assimilation hâtive de la démarche des grammairiens à celle des philosophes ‘disciples d’Aristote’, le refus de situer les concepts grammaticaux des grammairiens arabes dans la théorie originale qui est la leur. La troisième partie réexamine une partie des faits cités dans le début de l’article à la lumière d’une analyse menée dans le cadre de la grammaire générative. Il est démontré que l’explication de ces faits nécessite le recours à une démarche abstraite qui ne réduit pas l’analyse des faits de langue aux analogies observables à prime abord sur des données simplifiées mais se donne, au contraire, la possibilité d’intégrer des données plus étendues pour aboutir à des généralisations intéressantes. Le rapprochement fait entre les deux analyses, celle menée dans le cadre de la grammaire generative et celle des grammairiens arabes, suggère, de manière indirecte, la validité de la théorie de ces derniers.
Summary
The paper is intended to present the explanatory value of the theories advanced by the Arab grammarians, on the basis of a particular example, namely, the jumla ‘ismiyya / jumla ficliyya (i.e., ‘noun phrase’ / ‘verb phrase’) dichotomy. The first part takes issue with the distinction as established by Orientalists such as Wright (1862), Blachère & Demombynes (1937), and Cohen (1970). The inadequacy of these traditional analyses is shown on the basis of a re-investigation of the original texts. The grammatical thought is clearly delineated through a study of the writings by Ibn Hishām, Ibn Jinnī, and Ibn cAqīl. The study of these texts leads to a reconstruction of the concepts within the theories of these grammarians and to a precision of the status of abstract representation in the framework of that theory. The second part of the paper attempts to delineate the epistemological background before which the conceptual errors on the part of the Orientalists cited earlier was rendered possible. Certain of these aspects are made evident: the use of common sense as a criterion for the evaluation of a given linguistic theory, the hasty connection of the approach of the grammarians with philosophers in the Aristotelian tradition, and the refusal to place the grammatical concepts of the Arab grammarians within their original theory. The third part re-examines a portion of the facts cited at the beginning of the paper in the light of an analysis conducted within the framework of generative grammar. It is shown that the explication of these facts requires the recourse to an abstract approach which does not reduce the analysis of linguistic facts to observable and superficial data but which, on the contrary, requires the possibility to integrate the much more extended data in order to arrive at interesting results. The comparison made between these two approaches, to wit, the one conducted within the framework of generative grammar and the other followed by the Arab grammarians, suggests, in an indirect way, the validity of the latters’ theory.
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