In:Intralingual Translation: Beyond language and text
Edited by Hilla Karas and Hava Bat-Zeev Shyldkrot
[Benjamins Translation Library 168] 2026
► pp. 184–206
Le piment de l’Archaïsme
Les traductions « baroques » de la littérature médiévale en France
Article language: French
Published online: 20 February 2026
https://doi.org/10.1075/btl.168.09cor
https://doi.org/10.1075/btl.168.09cor
Résumé
Denis de Rougemont, dans sa préface à l’adaptation-traduction de la légende tristanienne par André
Mary qualifiait ce texte de « baroque », en l’opposant à celui, « classique », de Bédier. Mais André Mary a publié de
nombreuses récritures de la littérature médiévale dont les statuts sont divers, allant de la traduction plutôt fidèle
à l’adaptation libre en passant par des solutions de compromis. Si sa pratique, que l’on peut considérer comme
lointainement dérivée du « style troubadour » à la mode au début du XIXe siècle, satisfaisait le goût des
lecteurs des années 1930–1960, elle est aujourd’hui datée et ne correspond plus à ce qu’attend un public beaucoup
mieux informé de la teneur originale des textes médiévaux. Cependant, outre que certains de ses travaux sont toujours
réédités, Mary n’en représente pas moins un moment de la sensibilité médiévaliste en France, et a eu une réelle
influence sur certains de ses pairs, tel André Pézard, dont la traduction de Dante en « français » (en fait savant
mélange d’archaïsmes et de forgeries) mériterait bien plus encore d’être qualifiée de « baroque ».
Abstract
Denis de Rougemont, in his preface to André Mary’s adaptation-translation of the Tristanian
legend, described this text as “baroque”, contrasting it with Bédier’s “classical” text. However, André Mary has
published numerous rewrites of medieval literature with a variety of statuses, ranging from rather faithful
translations to free adaptations and compromise solutions. If his practice, which can be considered as distantly
derived from the “troubadour style” in fashion at the beginning of the 19th century, satisfied the taste of the
readers of the 1930s-1960s, it is now dated and no longer corresponds to the expectations of a public that is much
better informed about the original content of medieval texts. However, in addition to the fact that some of his works
are still being republished, Mary nonetheless represents a moment of medievalist sensitivity in France, and had a real
influence on some of his peers, such as André Pézard, whose translation of Dante into “French” (in fact a clever
mixture of archaisms and forgeries) would deserve to be called “baroque” even more.
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