Horizon poétique/projet traductif
Le cas des traductions d’Éluard dans la Bulgarie communiste
Article language: French
Published online: 11 July 2017
https://doi.org/10.1075/babel.63.1.05ivl
https://doi.org/10.1075/babel.63.1.05ivl
Résumé
Cet article examine comment le canon poétique et traductif dans la Bulgarie communiste a influencé non seulement la sélection des auteurs et des titres à traduire, mais aussi la manière dont on traduit. L’analyse s’appuie sur un recueil de poèmes de Paul Éluard traduits en bulgare en Éluard, Paul. 1953. Pesni za vsički [Chants pour tous]. Sofia : Narodna kultura.. Lorsque l’œuvre d’Éluard fut publiée en Bulgarie, la poésie politiquement engagée était un genre qui existait déjà dans la littérature bulgare et qui était très apprécié par le canon. Cependant, il y avait une différence substantielle entre la manière dont les poèmes politiques étaient écrits en Bulgarie et l’expression poétique d’Éluard, ce qui a eu un impact sur la traduction.
Les traducteurs s’écartaient de l’original de deux manières. Premièrement, ils intégraient une vision idéologique des poèmes d’Éluard en ajoutant ou en soulignant certaines images secondaires ou inexistantes dans l’original. En outre, ils réduisaient les métaphores complexes d’Éluard à des images standard à connotation révolutionnaire et militante. Deuxièmement, les traducteurs ajoutaient des nuances poétiques à l’écriture sobre de l’original. Des rythmes et des rimes étaient introduits, ainsi qu’un vocabulaire archaïque et des inversions poétiques.
Ces écarts peuvent s’expliquer par l’impact que le canon littéraire au sens large et les projets du traducteur individuel exerçaient sur la pratique de la traduction dans la Bulgarie communiste.
Mots-clés: P. Éluard, traduction et totalitarisme, A. Berman, critique de traduction
Abstract
This article examines how the poetical and translation canon in communist Bulgaria influenced not only the selection of authors and titles to be translated, but also the way of translating. The analysis focuses on the case study of the volume of Paul Eluard’s poetry translated into Bulgarian in 1953. When Eluard’s work appeared in Bulgaria, the genre of politically engaged poetry already existed in the Bulgarian literature and was highly appreciated by the canon. However, the way political poems were written in Bulgaria and Eluard’s poetic expression differed substantially, and this had an impact on the translation.
The translators deviated from the original in two ways. First, they included an ideological vision of Eluard’s poems, by adding or highlighting certain images that are secondary or non-existent in the original. Moreover, they reduced Eluard’s complex metaphors to standard images with revolutionary and militant connotations. Second, the translators added poetical nuances to the sober writing of the original. Rhythm and rhymes were introduced, along with an archaic vocabulary and poetical inversions.
These deviations can be explained by the impact that the broad literary canon and individual translator projects had on the practice of translation in communist Bulgaria.
Article outline
- 1.Introduction
- 2.L’écriture poétique dans le recueil Pesni za vsički
- 3.Le recueil en bulgare
- 4.Une traduction idéologisée
- 4.1Changement du réseau signifiant
- 4.2L’impact idéologique
- 4.3Trivialiser le poétique
- 5.Une traduction poétisée
- 5.1Une expressivité conventionnelle
- 6.Conclusion
- Notes
References
