Write to speak : Accents et alternances de codes dans les textes dramatiques écrits et traduits au Canada
Les deux langues offcielles du Canada sont prises dans un rapport de force marqué par l’inégalité. Travaillés par cette inégalité, les textes de théâtre ont recours à des procédés verbaux dont les fonctions varient selon la langue dans laquelle ils sont écrits et la communauté à laquelle ils s’adressent. Ainsi, la dramaturgie franco-canadienne fait appel à une alternance de codes qui reflète la réalité minoritaire du français nord-américain exposé à l’influence dominante de l’anglais et est, par conséquent, diffcilement traduisible en anglais. L’accent affché sur scène par les personnages est aussi une manifestation d’hétérolinguisme qui s’inscrit dans une dynamique identitaire fort complexe propre au texte oral. Cette étude porte sur les accents et les alternances de codes dans des œuvres dramatiques de Michel Tremblay, Jean Marc Dalpé et Robert Lepage pour en dégager les fonctions et observer les représentations auxquelles elles donnent lieu en traduction anglaise.
Tributaire de son contexte social immédiat, le texte dramatique ne révèle tous ses sens que dans l’espace et le temps d’un spectacle destiné à une collectivité à laquelle il s’adresse directement dans une langue orale. L’oralité du texte livré sur scène se voit alors attribuée des valeurs spécifiques déterminées par la conjoncture linguistique propre au contexte dans lequel l’œuvre est produite. Au Canada, le rapport de force qu’entretiennent deux langues officielles inégales engendre une hiérarchisation des langues et des variations langagières qui agit [ p. 50 ]sur l’écriture du texte dramatique francophone et sur le transfert en traduction anglaise des procédés hybrides, qu’ils soient textuels ou verbaux, auxquels il fait appel. Traces de l’influence dominante de l’anglais sur le français en contexte canadien, l’accent et l’alternance codiques du texte francophone posent un défi de taille à la traduction anglaise puisqu’ils sont la conséquence d’une condition historique et sociolinguistique que ne partage pas la majorité anglophone. Cette étude consacrée aux textes dramatiques écrits et traduits au Canada porte sur les fonctions attribuées à l’accent et aux alternances de codes au sein des textes francophones ainsi que sur les représentations auxquelles elles donnent lieu en traduction anglaise.