Compte rendu. Inscrire l’altérité : emprunts et néologismes en traduction (Palimpsestes, 25). Paris: Presses Sorbonne Nouvelle, 2012. 282 p.
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Si traduire présuppose la perception ou l’institution d’une étrangeté entre deux langues, la présence de corps étrangers (emprunts, néologismes, archaïsmes, etc.) dans un texte à traduire rend son altérité vertigineuse. On observe une étrangeté à la puissance deux, soit une {étrangeté2}, lorsqu’une troisième langue s’ajoute à la différence entre la langue de départ et la langue d’arrivée. À l’inverse, l’altérité du texte à traduire s’annule là où la langue empruntée coïncide avec la langue cible. Le texte traduit émaillé d’emprunts (ou de néologismes) constitue, à son tour, une espèce de palimpseste : en lui les langues se stratifient, se différencient et se télescopent. Le numéro 25 de Palimpsestes, dirigé par Catherine Delesse sous le titre Inscrire l’altérité : emprunts et néologismes en traduction, est donc particulièrement pertinent et bienvenu. Douze articles, dont deux en anglais, se penchent sur des cas précis de traduction entre l’anglais et le français, mais aussi de l’allemand et du grec au français et du français au roumain (dans le cas particulier de la rétroauto-traduction de Panaït Istrati), avec une place réservée au créole « chamarré comme un kaléidoscope » (171) de Derek Walcott et au français ‘chamoisié’ (pour reprendre un néologisme, justement, de Milan Kundera). Le rapprochement des emprunts (insertion d’une langue étrangère) et des néologismes (apparition d’une langue imaginaire) révèle l’indistinction des frontières d’une langue dont on ne sait plus très bien à partir de quelle borne elle commence à être inventée. Bien que la plupart des cas étudiés soient des oeuvres littéraires modernes ou contemporaines, l’approche est majoritairement linguistique.