La traduction des textes scientifiques : Structure textuelle et processus cognitifs
L’analyse des textes scientifiques dans une perspective discursive fait apparaître que, bien que leur contenu porte sur des sujets universels, leur forme est liée à la culture de la langue dans laquelle ils ont été produits. En effet, ils ont pour but de modifier l’univers cognitif du lecteur, ce qui implique la mise en oeuvre de mécanismes spécifiques souvent associés à des formes linguistiques déterminées. A partir d’un corpus de textes de semi-vulgarisation scientifique en anglais, en français et en espagnol, cet article se propose de montrer que, dans certains cas, les contraintes liées à la progression textuelle obligent le traducteur à calquer des formes de mise en texte de l’original, même si elles sont peu usuelles dans la langue d’arrivée.
Dès 1540, dans son traité intitulé La manière de traduire d’une langue en aultre (Cary 1963: 11), Etienne Dolet signalait, d’une part, que le traducteur ne doit pas s’asservir au mot à mot et, d’autre part, qu’il doit utiliser les [ p. 64 ]tournures qui sont naturelles dans la langue d’arrivée. Ces deux remarques, qui sont encore au coeur du débat sur les problèmes soulevés par la traduction, ont donné lieu à de nombreuses études portant sur des textes étroitement liés à la culture de la langue de départ, que ce soit par leur forme, dans le cas de certains types de textes littéraires, ou par leur contenu, dans le cas de textes ayant un contenu socioculturel très spécifique comme, par exemple, la Bible ou les contes pour enfants.