Réception et traduction
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Depuis son introduction dans le domaine des études littéraires dans les années 1960, le concept de réception a déplacé notre attention du texte et son auteur vers le lecteur. De fait, ce concept postule que le texte ne peut être significatif sans la participation du lecteur. Dans la conceptualisation de la réception, on distingue deux traditions : l’une européenne et l’autre américaine. À la fin des années 1960 et au début des années 1970, l’Allemand Hans-Robert Jauss, l’un des principaux théoriciens européens, a posé les jalons de la Rezeptionsästetik, ou esthétique de la réception. Il est également à l’origine de l’idée d’Erwartungshorizont, ou horizon d’attente. Ce concept désigne l’ensemble des normes culturelles, préjugés et autres critères orientant la manière dont les lecteurs comprennent et jugent une œuvre littéraire à un moment précis. Pour Jauss, la réception est le processus par lequel le lecteur concrétise le potentiel d’un texte en une signification ou un sens particulier. Jauss avait pour principal objectif de trouver de nouvelles manières d’écrire l’histoire littéraire. Selon lui, l’évolution du public, plutôt que la période à laquelle son auteur a vécu, détermine l’historique d’un texte. Wolfgang Iser, au même titre que Hans-Robert Jauss, figure parmi les penseurs importants de ce qu’on appelle la Konstanzer Schule (l’École de Constance). Ce linguiste a introduit le concept de Leerstelle, c’est-à-dire de blancs ou de trous laissés par le texte: le texte ne fournit au lecteur qu’une structure schématique, lui laissant des zones d’indétermination. Lors de sa lecture, le lecteur comble alors ces trous laissés par l’auteur; il élabore ainsi une signification personnelle et imaginative du texte.