Migration et traduction
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La relation entre traduction et migration suscite un intérêt croissant en traductologie en raison d’une combinaison de plusieurs facteurs. D’un côté, il s’agit de la conséquence de la grande visibilité du phénomène migratoire dans le monde contemporain et de la place centrale qu’il a acquise dans les sphères sociale, économique et politique. De l’autre, c’est également le résultat de mouvements théoriques qui ont transposé l’attention de la traductologie vers les phénomènes culturels (voir The turns of Translation Studies ), les dimensions politique et éthique de la traduction, ainsi que vers les problématiques de relations de pouvoir, d’agentivité et de visibilité. Un mouvement parallèle, en lien direct avec les pratiques langagières associées à la migration, mène aussi à une définition plus large de la traduction qui modifie les conceptions strictement linéaires du processus (compris comme une transposition d’une langue source à une langue cible, d’un texte à une culture) afin d’y inclure des phénomènes tels que le polylinguisme, l’hétérolinguisme et l’autotraduction (Tymoczko 2006; Grutman 2006; Cronin 2006; Polezzi 2012). Cette transposition a un impact à la fois sur la macro-conceptualisation de la traduction (dans le domaine de la sociologie de la traduction par exemple) et sur l’approche micro-analytique (comme dans l’analyse des stratégies de traduction). Les domaines de l’ethnographie, des études postcoloniales, de la mondialisation et de la traduction culturelle participent aux recherches actuelles autour de la traduction et de la migration. Celles-ci sont étroitement liées aux politiques linguistiques, mais également aux champs en développement tels que l’interprétation communautaire (Wadensjö 1998) ou le rôle de l’interprétation et des pratiques de la traduction dans les mouvements sociaux (Doerr 2012).