Créativité en traduction [Creativity]
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La traduction a historiquement souffert, comme l’ont relevé plusieurs chercheurs, d’être considérée comme un strict travail « dérivé » au regard de l’écriture littéraire « originale », considérée comme un acte créatif. C’est d’ailleurs en partie pour rehausser le statut de la traduction et prouver qu’elle constitue aussi une opération « créative » que plusieurs traductologues se sont approprié la notion de créativité. Ils ont adopté pour ce faire une variété d’approches. Certains se sont intéressés aux domaines de traduction où la créativité jouerait un rôle central : la traduction littéraire, la traduction poétique, la traduction de jeux de mots et, plus récemment, la transcréation, l’adaptation et la traduction en contexte multimodal (voir Multimodalité et traduction audiovisuelle). Le travail d’écrivains ayant eux-mêmes traduit leur œuvre – Samuel Beckett, Joseph Brodsky ou James Joyce, notamment – a aussi fait l’objet d’études, certains critiques estimant que l’autotraduction est par nature plus créative que la traduction au sens strict. Le travail d’auteurs-traducteurs a été analysé sous le même angle : on juge qu’ils emploient des stratégies et tactiques de traduction différentes des traducteurs professionnels. Certains traductologues sont d’avis que la créativité fait partie intégrante du processus de traduction; d’autres considèrent qu’elle constitue un choix du traducteur, une composante de son pouvoir-agir (voir aussi Agents de traduction) qui, par le fait même et de façon paradoxale, distinguerait l’écriture et la traduction (créatives) de la traduction au sens strict. Eugenia Loffredo et Manuela Perteghella ont par ailleurs rappelé à juste titre que les distinctions entre écriture « originale » et « dérivée » constituent elles-mêmes des constructions culturelles de plus en plus fragiles dans le contexte actuel d’une critique postmoderne (2006 : 3-6); si la traduction est une forme d’écriture, elle ne peut être dissociée du concept global de l’écriture littéraire : toutes deux sont de l’ordre de l’« écriture créative ».